Cannabis et sommeil : aide-t-il vraiment à dormir ?
Un joint le soir pour trouver le sommeil, puis des nuits blanches le jour où l’on arrête : voici ce que disent les sources officielles sur les effets réels du cannabis sur le sommeil, sur l’insomnie qui suit l’arrêt et sur les moyens de mieux dormir.
Le cannabis facilite l’endormissement, mais il perturbe les cycles du sommeil et en altère la qualité : le sommeil devient moins réparateur.
Consommé régulièrement, il s’accompagne souvent de fatigue et de difficultés à se réveiller.
À l’arrêt, une insomnie transitoire de 3 à 4 semaines est fréquente, avec des rêves plus intenses et parfois des cauchemars.
Des habitudes simples aident à passer ce cap. Si l’insomnie dure ou pousse à refumer, un professionnel peut vous accompagner.
Pourquoi certaines personnes fument « pour dormir »
Parmi les effets recherchés par les personnes qui consomment du cannabis figurent la détente, la baisse du stress et de l’anxiété, et une aide pour s’endormir. Après les phases d’euphorie et d’excitation, le cannabis provoque en effet une somnolence assez prononcée, qui facilite l’endormissement.
Le cannabis est aussi employé pour favoriser l’endormissement chez des personnes anxieuses. Le joint du soir devient alors une façon de calmer ses pensées avant de se coucher. Pour le lien entre cannabis et angoisse, voir cannabis et anxiété.
Ce recours n’est pas anodin. L’usage « autothérapeutique » du cannabis, comme somnifère, anxiolytique ou antidouleur, compte parmi les facteurs de gravité d’une consommation. Quand on ne parvient plus à dormir sans fumer, il peut être utile de faire le point sur une éventuelle dépendance au cannabis.
Ce que le cannabis fait au sommeil
Une nuit se compose de 3 à 6 cycles successifs, faits de sommeil lent puis de sommeil paradoxal, la phase propice aux rêves. Le cannabis perturbe ces cycles et altère la qualité du sommeil. Résultat : on s’endort plus vite, mais le sommeil n’est pas réparateur.
Avec une consommation régulière, l’effet s’installe : on dort moins bien, moins longtemps, et la fatigue devient chronique. Les personnes qui fument régulièrement du cannabis sont souvent fatiguées et ont souvent du mal à se réveiller. La somnolence fait d’ailleurs partie des effets secondaires les plus fréquents du cannabis.
Le tabac compte aussi. Le cannabis est souvent fumé mélangé à du tabac, et la nicotine, stimulante, est vraisemblablement associée à des troubles du sommeil.
Ce que montrent les études
Les études ne donnent pas toutes le même résultat.
- Chez les étudiants, une étude de l’Inserm et du CHU de Bordeaux, publiée en 2023 et menée auprès de 14 787 étudiants, montre une association entre cannabis et troubles du sommeil. La probabilité de souffrir d’insomnie serait 45 % plus élevée chez les consommateurs que chez les non-consommateurs. Elle serait deux fois plus élevée chez ceux qui en consomment tous les jours que chez les consommateurs occasionnels. Les auteurs précisent que la causalité ne peut pas être affirmée avec certitude.
- En population générale adulte, le Baromètre de Santé publique France 2017 trouve un lien entre cannabis et chronotype « du soir » (le fait d’être plutôt couche-tard), mais pas de lien significatif avec l’insomnie ou le sommeil court. Les auteurs invitent à relativiser ce lien et rappellent que les effets du cannabis sur le sommeil restent à mieux documenter.
Le sommeil à l’arrêt du cannabis
Quand on arrête, le sommeil ne retrouve pas tout de suite des cycles normaux. On peut alors souffrir d’insomnie pendant une période transitoire de 3 à 4 semaines (OFDT). Les rêves peuvent s’intensifier, et des cauchemars peuvent survenir.
Ces troubles du sommeil sont très présents lors des deuxième et troisième semaines d’arrêt, et peuvent durer quelques semaines. Ils se manifestent par des insomnies, des réveils nocturnes et des cauchemars intenses, qui montrent que le corps est en train de se rééquilibrer, sur une durée variable : en moyenne quatre semaines.
Cette phase est fatigante et difficile à vivre. Elle peut pousser à refumer, simplement pour retrouver le sommeil. Le manque de sommeil n’est qu’un des symptômes possibles à l’arrêt : pour les autres et leur chronologie, voir le sevrage du cannabis.
L’arrêt peut aussi révéler des difficultés que la consommation masquait, comme des troubles du sommeil, de la nervosité ou de l’anxiété.
Mieux dormir pendant l’arrêt
Voici plusieurs conseils pour cette période :
- Instaurez des rituels de sommeil, aux mêmes heures chaque soir.
- Éteignez les écrans une heure avant le coucher. La lumière bleue des écrans et des LED retarde l’endormissement.
- Prévoyez des activités calmes avant de dormir : méditation, relaxation, musique douce.
- Levez-vous à heure fixe, même si la nuit a été mauvaise.
- Évitez les excitants le soir (café, thé, boissons énergisantes) ainsi que le sport intense en soirée.
Si vous fumiez vos joints avec du tabac, le manque de nicotine peut augmenter le stress et les envies de consommer. Des substituts nicotiniques peuvent le soulager : demandez conseil à votre médecin ou à votre pharmacien.
Évitez aussi de remplacer le cannabis par un autre produit pour dormir, comme l’alcool ou des médicaments qui créent une dépendance. L’alcool, lui aussi, dégrade le sommeil : voir alcool et sommeil.
Deux applications gratuites peuvent vous aider. Kanopee, développée par l’université de Bordeaux et le CNRS et validée par des médecins hospitaliers, propose un bilan du sommeil et de la consommation de cannabis, deux agendas à remplir pendant une semaine, puis dix jours de conseils personnalisés. Jeanne, conçue par Santé publique France, accompagne l’arrêt ou la réduction du cannabis. Pour préparer l’arrêt dans son ensemble, voir arrêter le cannabis.
Quand consulter ?
Selon l’Inserm, l’insomnie devient chronique quand elle survient plus de trois fois par semaine depuis au moins trois mois. Tenir un agenda du sommeil pendant quelques semaines aide alors le médecin à poser un diagnostic.
N’attendez pas non plus si le manque de sommeil vous pousse à refumer, ou s’il retentit sur vos journées. Vous pouvez vous adresser :
- à votre médecin traitant ;
- à un CSAPA (centre de soins, d’accompagnement et de prévention en addictologie), gratuit et confidentiel ;
- à une consultation jeunes consommateurs (CJC) si vous avez entre 12 et 25 ans ;
- à Drogues Info Service, au 0 800 23 13 13, anonyme et gratuit, tous les jours.
Pour une vue d’ensemble des effets et des risques du cannabis, voir la page cannabis. Pour découvrir l’accompagnement proposé par Eos Care, voir la page patients.
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Tiers payant, sans dépassement d’honorairesQuestions fréquentes
Le cannabis aide-t-il à dormir ?
Il aide à s'endormir, mais pas à bien dormir. Après la phase d'euphorie, le cannabis provoque une somnolence qui facilite l'endormissement. En revanche, il perturbe les cycles du sommeil et en altère la qualité : le sommeil n'est pas réparateur. Les personnes qui en consomment régulièrement dorment moins bien, moins longtemps, et sont souvent fatiguées ; une étude de l'Inserm (2023) associe d'ailleurs le cannabis à un risque accru d'insomnie.
Combien de temps dure l'insomnie après l'arrêt du cannabis ?
Le sommeil ne retrouve pas tout de suite des cycles normaux : selon l'OFDT, les symptômes de sevrage, troubles du sommeil compris, disparaissent en 3 à 4 semaines. Les troubles du sommeil sont surtout présents lors des deuxième et troisième semaines d'arrêt. Leur durée varie d'une personne à l'autre. Si l'insomnie persiste au-delà, parlez-en à un médecin.
Pourquoi fait-on des cauchemars quand on arrête le cannabis ?
Les rêves plus intenses et les cauchemars font partie des troubles du sommeil décrits à l'arrêt du cannabis, le temps que le sommeil retrouve des cycles normaux. Ces effets désagréables sont décrits comme le signe que le corps est en train de se rééquilibrer. Ils sont passagers, mais cette phase fatigante peut pousser à refumer : n'hésitez pas à vous faire aider.
Comment retrouver le sommeil après l'arrêt du cannabis ?
Des conseils d'hygiène du sommeil aident : instaurer des rituels de sommeil, éteindre les écrans une heure avant le coucher, prévoir des activités calmes (relaxation, méditation, musique douce), se lever à heure fixe même après une mauvaise nuit, et éviter le soir les excitants et le sport intense. L'application gratuite Kanopee propose aussi un bilan du sommeil et des conseils personnalisés.
Quand faut-il consulter pour des troubles du sommeil ?
Selon l'Inserm, l'insomnie devient chronique quand elle survient plus de trois fois par semaine depuis au moins trois mois. Consultez aussi si le manque de sommeil vous pousse à refumer ou retentit sur vos journées. Un médecin, un CSAPA ou, entre 12 et 25 ans, une consultation jeunes consommateurs peuvent vous aider, gratuitement dans les deux derniers cas.
Cet article a une visée informative et ne remplace pas un avis médical personnalisé.
