Les symptômes de la dépendance à l'alcool : reconnaître les signes
La dépendance à l’alcool s’installe souvent progressivement, sans être remarquée. La consommation augmente peu à peu, l’habitude de boire devient un besoin, et il faut du temps pour en prendre conscience. Les signes existent pourtant : savoir les reconnaître, c’est déjà faire un premier pas.
Plusieurs signes permettent de reconnaître une dépendance à l’alcool : envie de boire difficile à contrôler, consommation qui augmente, symptômes de manque, conséquences sur la vie quotidienne.
Les médecins s’appuient sur des critères précis : un trouble de l’usage de l’alcool est retenu à partir de 2 critères sur 11 présents au cours d’une même année.
Ces signes ne traduisent pas une faiblesse : il s’agit d’un trouble reconnu, qui se soigne. C’est l’accumulation des signes qui doit alerter, et seul un professionnel peut poser un diagnostic.
Cette page présente les signes et les critères de la dépendance. Voir aussi : usage, trouble de l’usage et dépendance pour les définitions, les signes physiques visibles et l’alcoolisme fonctionnel, la dépendance qui ne se voit pas.
Les signes d’alerte
Les signes les plus nets
Plusieurs signes doivent faire penser à une dépendance :
- vous buvez de plus en plus souvent, et en plus grande quantité ;
- vous n’arrivez pas à résister à l’envie de boire ;
- vous buvez tous les jours, parfois dès le matin ;
- quand vous ne buvez pas, vous ressentez des symptômes de manque : tremblements, sueurs, cœur qui bat trop vite, maux de tête, nausées ;
- votre consommation provoque des disputes dans votre couple, des difficultés au travail ou des problèmes de santé ;
- vous avez déjà essayé d’arrêter de boire pendant plusieurs jours, sans y parvenir ;
- vous pensez tout le temps à l’alcool : vous avez peur d’en manquer, vous faites des réserves « au cas où », vous êtes nerveux quand vous ne buvez pas.
Des signes plus discrets
- vous buvez de temps en temps, mais une fois que vous avez commencé, vous ne pouvez plus vous arrêter ;
- des proches vous ont déjà fait des remarques sur votre consommation ;
- vous buvez pour calmer votre stress, pour « aller mieux », quand vous êtes triste ou déprimé ;
- vous devez boire plus qu’avant pour ressentir les mêmes effets.
Les critères utilisés par les médecins
Le diagnostic repose sur des critères définis au niveau international. La Haute Autorité de santé (HAS) retient ceux du DSM-5 (manuel diagnostique de l’Association américaine de psychiatrie, 2013).
Les 11 critères du DSM-5
Un trouble de l’usage de l’alcool est retenu quand au moins 2 de ces 11 critères sont présents au cours d’une période de 12 mois. Reformulés simplement :
- Boire en plus grande quantité, ou plus longtemps, que prévu.
- Avoir envie de réduire ou de contrôler sa consommation, ou avoir essayé sans y parvenir.
- Passer beaucoup de temps à se procurer de l’alcool, à boire ou à se remettre de ses effets.
- Ressentir une envie intense, un besoin impérieux de boire : c’est ce qu’on appelle le craving.
- Ne plus arriver à assumer des obligations importantes, au travail, dans ses études ou à la maison, à cause de consommations répétées.
- Continuer à boire malgré des problèmes relationnels ou sociaux, durables ou répétés, causés ou aggravés par l’alcool.
- Abandonner ou réduire des activités importantes (sociales, professionnelles, de loisirs) à cause de l’alcool.
- Boire de façon répétée dans des situations où c’est physiquement dangereux.
- Continuer à boire tout en sachant qu’on a un problème physique ou psychologique, durable ou répété, probablement causé ou aggravé par l’alcool.
- La tolérance : avoir besoin de boire nettement plus pour obtenir l’effet recherché, ou ressentir nettement moins d’effet avec la même quantité.
- Le sevrage : ressentir des symptômes de manque à l’arrêt, ou boire (ou prendre une substance proche) pour les soulager ou les éviter.
Léger, modéré ou sévère
La sévérité dépend du nombre de critères :
- 2 ou 3 critères : trouble léger ;
- 4 ou 5 critères : trouble modéré ;
- 6 critères ou plus : trouble sévère, considéré comme une addiction certaine.
Ce qui était autrefois appelé dépendance correspond à peu près à 4 critères ou plus.
Les symptômes de manque ne sont qu’un critère parmi onze : les classifications internationales ne les considèrent plus comme indispensables au diagnostic.
La classification de l’OMS
Les médecins utilisent aussi la classification internationale des maladies de l’Organisation mondiale de la santé (CIM-10). Elle retient 6 critères de dépendance, proches de ceux du DSM-5 (désir puissant de boire, difficulté à contrôler sa consommation, sevrage, tolérance, abandon d’autres centres d’intérêt, poursuite malgré des conséquences nocives), dont au moins 3 doivent avoir été présents en même temps au cours de la dernière année.
Un diagnostic posé par un professionnel de santé
Ces critères aident une personne à mettre des mots sur ce qu’elle vit, sans remplacer un échange avec un soignant : une auto-évaluation doit toujours être complétée par un dialogue avec un professionnel, qui seul peut poser le diagnostic.
Les symptômes de manque
Chez une personne qui boit régulièrement, le cerveau s’adapte à la présence de l’alcool. Son absence provoque un syndrome de sevrage : anxiété, troubles du sommeil, sueurs, tremblements, palpitations, nausées. Ces symptômes apparaissent quelques heures après l’arrêt, et tous ne sont pas forcément ressentis. Ils sont détaillés dans la page sur le sevrage de l’alcool.
Pour la HAS, un arrêt brutal peut être dangereux en cas de trouble de l’usage de l’alcool. C’est pourquoi un arrêt doit parfois être accompagné médicalement, surtout si un précédent sevrage a été difficile ou en cas de maladie.
Les signes psychologiques et dans le comportement
La plupart des critères décrivent moins la quantité bue que la place prise par l’alcool dans la vie :
- penser souvent à l’alcool : sa recherche finit par prendre le pas sur la plupart des activités ;
- boire pour gérer ses émotions : se détendre, calmer son stress, aller mieux en cas de tristesse, avec des difficultés à faire autrement ;
- perdre le contrôle : boire plus que prévu, échouer à réduire (critères 1 et 2) ;
- continuer malgré les conséquences : une réunion manquée à cause d’une gueule de bois, des problèmes de santé ou des disputes qui ne changent rien (critères 5, 6 et 9) ;
- boire pour éviter le manque, parfois dès le matin (critère 11).
Ces signes ne sont pas un défaut de volonté : ce sont précisément ceux que les médecins retiennent pour reconnaître le trouble.
Ce que l’entourage remarque
Ce que les proches voient correspond souvent aux conséquences décrites dans les critères :
- des disputes dans le couple, des difficultés au travail, des obligations qui ne sont plus tenues ;
- des sorties ou des loisirs abandonnés au profit de l’alcool ;
- des tentatives d’arrêt qui échouent, de la nervosité quand il n’y a pas d’alcool.
Pour aborder le sujet, des pistes sont proposées dans la page aider un proche dépendant à l’alcool. Les CSAPA accueillent l’entourage (conjoints, parents, enfants).
Quand s’inquiéter, et que faire ?
C’est l’accumulation des signes qui doit alerter : d’après le DSM-5, deux critères présents au cours d’une même année suffisent à parler de trouble léger. Si l’alcool prend de plus en plus de place dans votre vie, ou a des conséquences sur votre santé et vos relations, il est important de faire le point avec un professionnel :
- pour commencer, le test de dépendance à l’alcool aide à y voir plus clair ;
- en parler à votre médecin, qui peut faire le point avec vous et vous accompagner ;
- consulter dans un CSAPA (centre de soins, d’accompagnement et de prévention en addictologie) : l’accompagnement y est confidentiel, gratuit et personnalisé, sans hospitalisation ;
- appeler le service national d’aide à distance au 0 980 980 930, 7 jours sur 7, de 8 h à 2 h (appel anonyme et non surtaxé).
Vous pouvez aussi échanger avec un médecin addictologue d’Eos Care.
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Quels sont les premiers signes de dépendance à l'alcool ?
Boire de plus en plus souvent et davantage, ne pas résister à l'envie de boire, boire tous les jours, parfois dès le matin, ressentir des symptômes de manque, échouer à arrêter. Plus discrets : ne pas pouvoir s'arrêter une fois qu'on a commencé à boire, boire pour calmer son stress ou sa tristesse, devoir boire plus qu'avant pour ressentir les mêmes effets.
Combien de critères faut-il pour parler de trouble de l'usage de l'alcool ?
Au moins 2 des 11 critères du DSM-5, présents au cours d'une période de 12 mois. Le trouble est léger avec 2 ou 3 critères, modéré avec 4 ou 5, sévère à partir de 6. Le diagnostic revient à un professionnel de santé.
Peut-on être dépendant sans boire tous les jours ?
Oui. Certaines personnes boivent de temps en temps mais, une fois qu'elles ont commencé, ne peuvent plus s'arrêter. Les critères médicaux portent sur la perte de contrôle, l'envie de boire, la place prise par l'alcool et ses conséquences, pas seulement sur la fréquence.
Comment reconnaître la dépendance chez un proche ?
Ce sont surtout les conséquences qui se remarquent : disputes dans le couple, difficultés au travail, activités abandonnées, tentatives d'arrêt qui échouent. Un seul signe ne suffit pas à conclure. Les proches peuvent eux aussi demander conseil à un médecin ou dans un CSAPA, qui accueille l'entourage.
Sources
Cet article a une visée informative et ne remplace pas un avis médical personnalisé.
