Antidépresseur et alcool : quels risques ?
Les notices des antidépresseurs déconseillent l’alcool pendant le traitement. Avec certains, comme la mirtazapine ou l’amitriptyline, l’alcool renforce la somnolence. Avec d’autres, comme l’escitalopram ou la sertraline, aucune interaction n’est attendue, mais l’association reste déconseillée par précaution. Surtout, on n’arrête jamais son traitement pour pouvoir boire : on en parle à son médecin ou à son pharmacien. En cas d’idées suicidaires, le 3114 répond jour et nuit.
Un traitement antidépresseur dure souvent plusieurs mois, et il traverse forcément des repas, des fêtes, des moments où l’on vous tend un verre. La question de l’alcool est donc légitime. Cette page présente ce que disent les documents officiels : les notices et les résumés des caractéristiques du produit (RCP) de quelques antidépresseurs courants, et les publications de l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM).
Ce que disent les notices, famille par famille
Les antidépresseurs se répartissent en plusieurs familles, selon leur mode d’action : les inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine (ISRS), les inhibiteurs de la recapture de la sérotonine et de la noradrénaline (IRSNa), les tricycliques, les inhibiteurs de la monoamine oxydase (IMAO) et d’autres antidépresseurs. Tous sont délivrés sur ordonnance.
Les ISRS : pas d’interaction attendue, mais une association déconseillée
L’escitalopram (Seroplex) est l’un des plus prescrits. Son RCP indique qu’aucune interaction n’est attendue entre l’escitalopram et l’alcool. Il ajoute pourtant que, comme avec les autres psychotropes, l’association avec l’alcool est déconseillée. Sa notice le formule ainsi : la consommation d’alcool avec Seroplex n’est pas recommandée.
Même logique pour la sertraline (Zoloft). Son RCP rapporte que, chez des volontaires sains, elle ne renforce pas les effets de l’alcool sur l’attention et les réflexes. L’usage des deux ensemble reste néanmoins déconseillé, et la notice est plus directe : l’alcool doit être évité pendant le traitement.
Les antidépresseurs sédatifs : l’alcool renforce la somnolence
Certains antidépresseurs font dormir. Le thésaurus des interactions de l’ANSM range parmi les « médicaments sédatifs » l’amitriptyline, la doxépine, la miansérine, la mirtazapine et la trimipramine. Avec l’alcool, l’association est déconseillée : l’alcool majore leur effet sédatif, et la baisse de vigilance rend dangereuses la conduite et l’utilisation de machines.
Les notices le confirment :
- mirtazapine (Norset) : le RCP indique qu’elle peut augmenter les effets dépresseurs de l’alcool sur le système nerveux central ; la notice prévient qu’on peut se sentir somnolent et recommande de ne pas boire d’alcool ;
- amitriptyline (Laroxyl) : elle peut augmenter les effets sédatifs de l’alcool ; la notice déconseille de boire de l’alcool pendant le traitement.
Les IMAO : le cas particulier de certaines boissons
Les IMAO sont aujourd’hui réservés aux dépressions qui résistent aux autres traitements. Ils ont de nombreuses interactions, y compris avec certains aliments. Pour les IMAO irréversibles, comme l’iproniazide, le thésaurus déconseille l’alcool : la tyramine présente dans certaines boissons alcoolisées (il cite le chianti et certaines bières) peut provoquer une hausse de la tension et de la température.
Somnolence, conduite et machines
Les antidépresseurs figurent parmi les médicaments de niveau 2 du pictogramme de conduite de l’ANSM : ils peuvent, dans certains cas, remettre en cause la capacité à conduire, et il faut demander l’avis de son médecin ou de son pharmacien. Le RCP du Laroxyl précise que la baisse d’attention et de concentration liée aux médicaments psychotropes peut être renforcée par l’alcool.
L’ANSM rappelle aussi que, même sous la limite légale de 0,5 g d’alcool par litre de sang, on peut être hors d’état de conduire si l’on a pris un médicament qui agit sur la conduite.
L’alcool caché dans certains médicaments
L’alcool n’est pas seulement dans le verre. La solution buvable de Laroxyl contient de l’alcool éthylique comme excipient. Sa notice précise que cette faible quantité n’est pas susceptible d’entraîner d’effet notable, mais demande de prévenir son médecin en cas de maladie du foie, d’épilepsie ou de grossesse. La présence d’alcool figure toujours dans la notice, à la rubrique des excipients à effet notoire.
Surdosage : l’alcool aggrave le danger
Les RCP sont clairs sur ce point. Pour l’amitriptyline, les effets d’un surdosage sont renforcés par la prise simultanée d’alcool et d’autres psychotropes. Pour la sertraline, des décès ont été rapportés en cas de surdosage, seul ou associé à d’autres médicaments ou à l’alcool.
Ne pas arrêter son traitement pour pouvoir boire
La tentation existe : sauter quelques prises avant une soirée, ou arrêter parce qu’on se sent mieux. L’ANSM est catégorique : un antidépresseur ne doit pas être interrompu sans avis médical, même si l’on se sent mieux. L’arrêt doit être progressif et se faire sous supervision médicale.
Un arrêt brutal peut provoquer un syndrome de sevrage : vertiges ou troubles de l’équilibre, troubles du sommeil, irritabilité ou anxiété, symptômes proches de la grippe. Il expose aussi à un retour des symptômes. Rappelons enfin que l’effet d’un antidépresseur n’est pas immédiat : deux à quatre semaines sont généralement nécessaires avant une amélioration, et le traitement se poursuit ensuite plusieurs mois.
Contrairement aux anxiolytiques et aux somnifères, la grande majorité des antidépresseurs ne créent pas de dépendance. Ce n’est donc pas une raison de les arrêter seul.
Idées suicidaires : ne restez pas seul
La notice du Seroplex le rappelle : quand on souffre de dépression, des idées d’auto-agression ou de suicide peuvent survenir, et elles peuvent être plus fortes au début du traitement, parce que le médicament n’agit qu’après deux semaines ou plus.
Le bon réflexe, et quand l’alcool sert à tenir
Si vous vous demandez si vous pouvez boire, la réponse la plus sûre se trouve auprès de votre pharmacien ou de votre médecin. Et si vous ressentez des effets indésirables, prenez conseil auprès de votre pharmacien et consultez votre médecin.
Il arrive aussi que l’alcool serve à tenir, à oublier, à dormir. Ce n’est pas un échec, et c’est une information importante pour votre médecin. Notre page sur le lien entre alcool et dépression aborde ces situations, et notre test d’auto-évaluation permet de faire le point sur votre consommation.
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Peut-on boire un verre sous antidépresseur ?
Les notices des antidépresseurs consultées déconseillent l'alcool pendant le traitement. Pour certains, comme la mirtazapine ou l'amitriptyline, l'alcool renforce la somnolence. Pour d'autres, comme l'escitalopram ou la sertraline, aucune interaction n'est attendue ou n'a été observée chez des volontaires sains, mais l'association reste déconseillée, comme avec les autres médicaments qui agissent sur le cerveau. Si vous avez un doute, demandez conseil à votre pharmacien ou à votre médecin.
Seroplex (escitalopram) et alcool : quel risque ?
Le résumé des caractéristiques du produit du Seroplex indique qu'aucune interaction n'est attendue entre l'escitalopram et l'alcool. Il précise néanmoins que, comme avec les autres psychotropes, l'association est déconseillée. La notice dit que la consommation d'alcool avec Seroplex n'est pas recommandée.
Mirtazapine et alcool : pourquoi est-ce déconseillé ?
Selon son résumé des caractéristiques du produit, la mirtazapine (Norset) peut augmenter les effets dépresseurs de l'alcool sur le système nerveux central. Sa notice prévient qu'on peut se sentir somnolent en buvant de l'alcool pendant le traitement, et recommande de ne pas boire. Elle fait partie des antidépresseurs sédatifs, dont l'association avec l'alcool est déconseillée.
Faut-il arrêter son antidépresseur pour boire à une fête ?
Non. L'ANSM rappelle qu'un antidépresseur ne doit pas être interrompu sans avis médical, même si l'on se sent mieux : un arrêt brutal peut provoquer un syndrome de sevrage et faire revenir les symptômes. Si une occasion approche et que la question de l'alcool se pose, parlez-en à votre médecin ou à votre pharmacien.
Que faire en cas d'idées suicidaires sous traitement ?
Ne restez pas seul. La notice du Seroplex demande, en cas d'idées suicidaires ou d'auto-agression, de contacter immédiatement son médecin ou d'aller directement à l'hôpital. Le 3114, numéro national de prévention du suicide, est gratuit, confidentiel et joignable 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. En cas de danger immédiat, appelez le 15 ou le 112.
Sources
Cet article a une visée informative et ne remplace pas un avis médical personnalisé.
