L'alcool est-il une drogue ?
On parle de « drogue » pour le cannabis ou la cocaïne, rarement pour le verre de vin du dîner. Pourtant, la question se pose, et les autorités de santé y répondent clairement. Voici ce qu’elles disent, sans dramatiser : comprendre ce qu’est l’alcool n’oblige à rien, mais aide à y voir clair.
Oui, au sens scientifique : l’alcool contient de l’éthanol, une substance psychoactive qui agit sur le cerveau et peut entraîner une dépendance.
Il est légal, mais légal ne veut pas dire sans risque : l’alcool est aussi une substance toxique.
Boire n’est pas pour autant être dépendant : les usages vont de l’absence de consommation au trouble de l’usage, et l’on peut passer de l’un à l’autre.
Qu’appelle-t-on une drogue ?
Pour la MILDECA, la mission interministérielle chargée des drogues et des conduites addictives, une drogue est toute substance psychoactive qui perturbe le fonctionnement du système nerveux central (sensations, perceptions, humeur, motricité) ou qui modifie l’état de conscience. C’est aussi un produit susceptible d’entraîner une dépendance, physique, psychique, ou les deux.
Cette définition ne dit rien de la loi. Le mot « drogue » recouvre à la fois les drogues illicites, comme le cannabis, l’héroïne ou la cocaïne, et les drogues licites, comme la nicotine, l’alcool ou certains médicaments.
Le terme qui renvoie à l’interdiction est un autre mot : « stupéfiant ». Il a un sens juridique et désigne les substances inscrites sur une liste de produits interdits ou dont l’usage est contrôlé. Ces stupéfiants ne représentent pas toutes les drogues.
Pourquoi l’alcool en est une
Une substance qui agit sur le cerveau
Les boissons alcoolisées contiennent de l’éthanol, une substance psychoactive et toxique, qui possède des propriétés addictives.
Ses effets varient avec la dose. Selon l’Inserm, jusqu’à une alcoolémie de 0,50 g par litre de sang, l’alcool a un effet stimulant et désinhibant : on se sent plus à l’aise, mais on fait davantage d’erreurs. Au-delà, il devient sédatif et perturbe l’équilibre et la coordination des mouvements. On le range d’ailleurs parmi les drogues qui « semblent apaiser », avec les tranquillisants ou les opiacés.
Il active le circuit de la récompense
Comme les autres substances psychoactives, l’alcool agit sur le circuit de la récompense, qui joue un rôle central dans l’installation d’une addiction. Ces substances libèrent de la dopamine, qui procure du plaisir. Chez une personne dépendante, ce système est déréglé : l’absence du produit crée un manque.
L’éthanol n’a pas de récepteur qui lui soit propre dans le cerveau : il modifie l’activité de nombreuses cibles. À forte dose, il entraîne un remodelage des connexions entre les neurones. Le cerveau s’adapte et atténue les effets de l’alcool ; paradoxalement, cette adaptation pousse à boire de nouveau. Pour aller plus loin : les effets de l’alcool sur le cerveau.
Il peut rendre dépendant
La consommation d’alcool peut entraîner une forte dépendance psychique et physique, avec un syndrome de manque à l’arrêt qui peut aller jusqu’au delirium tremens.
L’alcool fait partie des substances au potentiel addictif le plus élevé, avec le tabac, l’héroïne et la cocaïne. Une différence : avec l’alcool, l’addiction s’installe plus progressivement, parfois très lentement.
Il est toxique
L’OMS rappelle que l’alcool est impliqué dans plus de 200 maladies et traumatismes, et qu’il est un cancérogène établi. En France, Santé publique France lui attribuait 41 000 décès en 2015.
Pourquoi on l’oublie si facilement
Selon une enquête de l’OFDT sur les perceptions des Français, publiée en 2019, l’alcool est rarement perçu comme une drogue. Seuls 10 % des personnes interrogées le jugeaient dangereux dès la première consommation, contrairement aux produits illicites. C’est surtout l’usage quotidien qui était cité comme dangereux (79 %). Et pour 56 % d’entre elles, offrir ou boire de l’alcool faisait partie des règles du savoir-vivre.
Il y a là un paradoxe : nos représentations valorisent l’alcool, sur le plan culturel et économique, et stigmatisent en même temps les personnes qui en ont perdu le contrôle, comme si tout relevait de leur seule responsabilité. Les raisons de boire ont du sens : tradition, goût, fête, lien social, ou alcool « béquille » pour tenir.
Enfin, la dépendance à l’alcool s’installe lentement. Quand elle apparaît, elle peut passer longtemps inaperçue, y compris pour la personne concernée.
Légal, mais pas sans risque
Si l’alcool n’est pas un stupéfiant, il n’est pas un produit comme les autres. Son commerce est réglementé depuis plusieurs siècles, pour des raisons fiscales et d’ordre public. Des lois de santé publique s’y sont ajoutées plus récemment : ordonnances de 1960, loi Évin de 1991, loi de 2009 portant réforme de l’hôpital.
Sur le plan de la santé, l’Inserm et la HAS sont clairs : il n’existe pas de seuil en dessous duquel boire serait sans risque. Des repères limitent les risques, sans les annuler : pas plus de 2 verres par jour, pas plus de 10 verres par semaine, et des jours sans alcool.
Un point est souvent ignoré : la majorité des dommages liés à l’alcool concerne des personnes qui n’ont pas de trouble de l’usage, mais dont la consommation excessive n’a jamais été repérée, ou est banalisée. Pour agir sur sa propre consommation : comment réduire sa consommation d’alcool.
Boire, est-ce être dépendant ?
Non. Dire que l’alcool est une drogue ne signifie pas que toute personne qui boit est dépendante. La dépendance s’installe chez une partie des consommateurs.
On peut décrire un continuum : ne pas boire, boire en dessous des repères, avoir un usage à risque (régulier ou ponctuel), puis avoir un trouble de l’usage de l’alcool. On peut passer d’un niveau à l’autre, dans un sens comme dans l’autre. Pour vous situer, lisez usage, trouble de l’usage, dépendance : comment se situer. Et pour comprendre pourquoi certaines personnes sont plus exposées que d’autres : pourquoi devient-on dépendant à l’alcool ?
Si l’alcool a pris une place importante, une précaution compte : la HAS rappelle que l’arrêt brutal peut être dangereux en cas de trouble de l’usage, car le sevrage peut être neurotoxique, voire mortel. Mieux vaut en parler à un médecin avant d’arrêter. Pour en savoir plus : le sevrage de l’alcool et comment arrêter de boire.
Pour une vue d’ensemble, lisez notre page comprendre l’alcoolisme et le trouble de l’usage de l’alcool. Et si vous souhaitez en parler avec un professionnel : l’accompagnement Eos Care.
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L'alcool est-il considéré comme une drogue en France ?
Oui. Une drogue est une substance psychoactive qui agit sur le cerveau et peut entraîner une dépendance physique ou psychique. Le mot recouvre les drogues illicites, comme le cannabis ou la cocaïne, et les drogues licites : la nicotine, l'alcool et certains médicaments.
Pourquoi l'alcool est-il légal alors que c'est une drogue ?
Le mot « stupéfiant » a un sens juridique : il désigne les substances inscrites sur une liste de produits interdits ou contrôlés. L'alcool n'y figure pas. Sa vente est encadrée depuis des siècles pour des raisons fiscales et d'ordre public, et des lois de santé publique s'y ajoutent depuis les années 1960, comme la loi Évin de 1991.
L'alcool est-il un stimulant ou un calmant ?
Les deux, selon la dose. D'après l'Inserm, jusqu'à 0,50 g d'alcool par litre de sang, il stimule et désinhibe, avec davantage d'erreurs. Au-delà, il devient sédatif et perturbe l'équilibre et la coordination. La MILDECA le range parmi les drogues qui semblent apaiser.
Boire de l'alcool rend-il forcément dépendant ?
Non. La dépendance s'installe chez une partie des consommateurs. On parle plutôt d'un continuum : ne pas boire, boire en dessous des repères, avoir un usage à risque, avoir un trouble de l'usage. On peut passer d'un niveau à l'autre, dans les deux sens.
Existe-t-il une consommation d'alcool sans risque ?
Non. Selon l'Inserm et la HAS, il n'existe pas de seuil en dessous duquel boire serait sans risque. Les repères (pas plus de 2 verres par jour, pas plus de 10 par semaine, et des jours sans alcool) limitent les risques, sans les annuler.
Sources
Cet article a une visée informative et ne remplace pas un avis médical personnalisé.
