Alcool et dépression : un lien à double sens
Alcool et dépression s’entretiennent : l’alcool peut faire naître ou aggraver des symptômes dépressifs, et la dépression pousse parfois à boire. Souvent, l’humeur s’améliore quand la consommation baisse, mais une vraie dépression peut aussi exister à côté. Les deux se soignent mieux ensemble. En cas d’idées suicidaires, le 3114 répond jour et nuit.
Boire pour oublier une période difficile, pour tenir le coup, pour ne plus penser : le lien entre alcool et tristesse commence souvent ainsi. Puis l’humeur s’assombrit, et l’alcool prend de plus en plus de place. Cette page explique comment les deux s’entretiennent, pourquoi il est difficile de savoir qui a commencé, et comment en sortir.
Déprime ou dépression : de quoi parle-t-on ?
Tout le monde traverse des moments de tristesse ou de découragement : c’est la déprime. La dépression (on parle de « trouble dépressif caractérisé ») est une maladie : elle s’accompagne d’une souffrance et de difficultés majeures dans la vie sociale.
On parle d’épisode dépressif quand l’humeur est triste, ou que l’on perd l’intérêt et le plaisir, la plus grande partie de la journée, presque tous les jours, pendant au moins deux semaines. D’autres signes s’y ajoutent souvent :
- difficultés à se concentrer ;
- culpabilité excessive ou mauvaise estime de soi ;
- désespoir face à l’avenir, idées de mort ou de suicide ;
- troubles du sommeil, changements d’appétit ou de poids ;
- grande fatigue, perte d’énergie.
C’est une maladie fréquente : l’Inserm estimait en 2017 que 15 à 20 % de la population traverse un trouble dépressif caractérisé au cours de la vie.
Un lien qui va dans les deux sens
L’alcool peut assombrir l’humeur
Une consommation excessive d’alcool peut favoriser la dépression. Des symptômes dépressifs, parfois sévères, sont souvent constatés quand la consommation n’est pas stabilisée. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) compte l’usage nocif de l’alcool parmi les facteurs qui influent sur la dépression, et conseille aux personnes déprimées d’éviter l’alcool ou d’en boire moins, car il peut l’aggraver.
La dépression peut pousser à boire
À l’inverse, la dépression conduit fréquemment à négliger sa santé, avec notamment une consommation plus fréquente d’alcool. Certains troubles psychiques sont une conséquence de l’alcool, quand d’autres favorisent sa consommation, parce qu’il agit sur le cerveau : l’alcool devient alors une façon de faire face.
Un cercle qui se referme
Un cercle vicieux peut s’installer : on boit pour lutter contre son mal-être, l’alcool entretient ce mal-être, on boit davantage, et la dépendance peut s’installer. Selon la SFA, plus d’un tiers des personnes qui ont un mésusage de l’alcool présentent au cours de leur vie un trouble psychiatrique associé, en particulier une dépression ou un trouble anxieux. Chacun aggrave l’autre, et leur association rend les soins plus difficiles à suivre. Les raisons pour lesquelles l’alcool prend une telle place sont détaillées dans les causes de l’alcoolisme.
Le risque suicidaire, à prendre au sérieux
La conséquence la plus grave de l’association entre alcool et trouble de l’humeur est le risque suicidaire. Ce risque est fréquent chez les personnes qui ont un mésusage de l’alcool, et il doit être évalué de façon systématique, quel que soit le lieu de soin. Selon l’Inserm, le risque de suicide est multiplié par 30 pendant un épisode dépressif.
Parler de ses idées noires n’est ni une faiblesse ni un excès : c’est ce qui permet d’être aidé.
Dépression liée à l’alcool ou dépression à part entière ?
Quand on boit beaucoup, il est difficile de savoir si la tristesse vient de l’alcool ou si elle existait avant. Les recommandations de la SFA apportent des repères :
- les symptômes dépressifs sont très fréquents au moment du sevrage, mais seuls 10 à 15 % d’entre eux persistent ensuite ;
- dans la majorité des cas, ils disparaissent rapidement après un sevrage ou une forte réduction de la consommation ;
- pour cette raison, une période d’au moins deux semaines sans alcool (ou avec une consommation à faible risque, selon la situation) est recommandée avant de conclure à un trouble psychiatrique à part entière ;
- un diagnostic de dépression et la mise en route d’un antidépresseur se discutent après une réévaluation, une fois la personne abstinente ou revenue à une consommation simple depuis 2 à 4 semaines.
Ce délai n’est pas une attente sans aide : l’écoute, le suivi et l’évaluation du risque suicidaire commencent tout de suite. Et quand les symptômes dépressifs sont sévères, un sevrage en milieu résidentiel peut être indiqué.
L’humeur ne se répare pas toujours d’un coup. Après le sevrage, l’esprit peut avoir besoin de plus de temps que le corps : tristesse ou humeur dépressive peuvent durer un moment. L’alcool servait de « béquille », et y renoncer peut déstabiliser. Un soutien psychologique aide à traverser cette étape.
Se soigner sur les deux fronts
Un trouble psychiatrique associé doit être systématiquement recherché, car il aggrave le mésusage de l’alcool et le rend moins sensible aux traitements. Il est utile de repérer tôt ces situations et d’accompagner l’une et l’autre condition.
- Faire le point sur sa consommation. Le test de dépendance à l’alcool aide à situer ses habitudes.
- Réduire ou arrêter, avec un avis médical. En cas de dépendance, un arrêt brutal peut être dangereux : mieux vaut ne pas arrêter seul (HAS). La page sur le sevrage de l’alcool explique comment il est encadré, et comment arrêter de boire détaille les étapes.
- Soigner la dépression. Les psychothérapies (thérapies cognitives et comportementales, psychothérapie interpersonnelle, résolution de problèmes) et les antidépresseurs figurent parmi les traitements efficaces. Une psychothérapie peut aussi contribuer à réduire le risque lié à l’alcool. Un bilan par un psychiatre peut être utile, en lien avec le professionnel qui suit la consommation.
- Prendre soin de soi au quotidien. Il est conseillé de bouger régulièrement, même une courte promenade, de garder autant que possible ses habitudes de sommeil et de repas, et de parler de ce que l’on ressent à une personne de confiance.
Les soins spécifiques de la dépendance sont présentés dans les traitements de l’alcoolodépendance.
Le médecin traitant est un bon premier interlocuteur. Les centres médico-psychologiques (CMP) accueillent gratuitement, en urgence ou sur rendez-vous, toute personne en souffrance psychique. Alcool Info Service répond tous les jours de 8 h à 2 h au 0 980 980 930, de façon anonyme et sans surcoût.
Pour être accompagné sur la consommation et sur l’humeur, découvrez aussi le programme Eos Care.
Se faire accompagner, sans avance de frais
Eos Care est une clinique d'addictologie : un suivi médical spécialisé, 100 % à distance et confidentiel, sans reste à charge et sans délai, pour reprendre le contrôle de ses consommations.
Tiers payant, sans dépassement d’honorairesQuestions fréquentes
L'alcool peut-il provoquer une dépression ?
Une consommation excessive d'alcool peut favoriser la dépression, et des symptômes dépressifs, parfois sévères, sont souvent constatés quand la consommation n'est pas stabilisée. L'Organisation mondiale de la santé compte l'usage nocif de l'alcool parmi les facteurs qui influent sur la dépression, et conseille d'éviter l'alcool ou d'en boire moins, car il peut l'aggraver.
Boire aide-t-il à aller mieux quand on est déprimé ?
Sur le moment, on peut en avoir l'impression, et c'est souvent pour cela qu'on boit. Mais un cercle vicieux peut s'installer : on boit pour lutter contre son mal-être, l'alcool entretient ce mal-être, et le besoin de boire peut s'installer jusqu'à la dépendance.
La dépression disparaît-elle quand on arrête de boire ?
Souvent, les symptômes dépressifs liés à l'alcool disparaissent rapidement après un sevrage ou une forte réduction de la consommation. Mais ce n'est pas toujours le cas : une vraie dépression peut exister à côté, et l'humeur peut rester fragile un temps après l'arrêt. Un suivi permet de faire le point.
Faut-il arrêter l'alcool avant de soigner la dépression ?
Les deux se soignent ensemble. Pour poser un diagnostic de dépression et décider d'un antidépresseur, les recommandations prévoient de réévaluer la situation après 2 à 4 semaines sans alcool ou avec une consommation redevenue simple. Cette attente ne concerne pas l'écoute et l'accompagnement, ni le risque suicidaire, qui doit être évalué dans tous les cas.
Que faire en cas d'idées suicidaires ?
Appeler le 3114, le numéro national de prévention du suicide : il est gratuit, confidentiel, et des professionnels répondent 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, partout en France. On peut aussi l'appeler si l'on s'inquiète pour un proche. En cas de danger immédiat, appeler le 15 ou le 112.
Sources
Cet article a une visée informative et ne remplace pas un avis médical personnalisé.
