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Cannabis

Cannabis, psychose et schizophrénie : le lien et les signes d'alerte

⏱ 6 min de lectureRédigé par l'équipe éditoriale Eos CarePublié le Mis à jour le

Méfiance soudaine, impression d’être observé, voix ou visions inhabituelles : certaines réactions au cannabis inquiètent, à juste titre. Le cannabis peut-il déclencher une psychose, voire une schizophrénie ? Voici ce que disent les sources officielles, qui est le plus exposé et quels signes doivent alerter.

En résumé

Pendant l’effet du cannabis, des symptômes psychotiques passagers sont fréquents, comme l’impression d’être surveillé. Ils disparaissent en général en quelques heures.

La consommation de cannabis augmente le risque de troubles psychotiques et de schizophrénie : selon l’Inserm, elle le doublerait environ. La grande majorité des consommateurs n’en développeront pas.

Le risque est plus élevé quand la consommation commence tôt, surtout avant 15 ans, qu’elle est importante, que le produit est riche en THC, ou en cas de fragilité personnelle ou familiale.

Changement de comportement, retrait, idées de persécution : ces signes justifient un avis médical rapide.

Psychose et schizophrénie : de quoi parle-t-on ?

Une psychose est un état dans lequel la perception de la réalité est perturbée. La schizophrénie est une maladie psychiatrique chronique qui en fait partie. Elle associe trois types de symptômes :

  • des symptômes dits productifs : idées délirantes, sentiment de persécution, hallucinations, souvent auditives (entendre des voix) ;
  • des symptômes négatifs : retrait, isolement, manque d’envie, émotions appauvries ;
  • une désorganisation de la pensée : discours moins cohérent, difficultés à se concentrer et à mémoriser.

Elle concerne environ 600 000 personnes en France et se révèle généralement entre 15 et 25 ans (Inserm, 2017).

Pendant l’effet : des symptômes psychotiques passagers

Le cannabis peut provoquer, pendant son effet, des idées de persécution ou de méfiance envers l’entourage : c’est l’« effet parano ». D’autres signes sont possibles : impression d’être épié, sentiment qu’on lit dans vos pensées, perceptions déformées, hallucinations. Selon l’expertise collective de l’Inserm de 2014, ces symptômes concernent environ 15 % des consommateurs qui n’ont pas de trouble psychotique. Dans une étude menée auprès d’étudiants, environ un consommateur sur cinq avait déjà ressenti un effet de ce type.

Ils disparaissent en général spontanément en 12 à 24 heures. Leur fréquence augmente avec le niveau de consommation. Les hallucinations peuvent aussi faire partie d’un bad trip, une intoxication aiguë marquée par une angoisse intense : voir cannabis et anxiété.

Quand les troubles durent

Plus rarement, ces symptômes durent plusieurs jours ou plusieurs semaines après la prise : on parle alors de trouble psychotique induit par le cannabis. Au-delà, il devient difficile de le distinguer d’une schizophrénie qui débute. Ces troubles aigus peuvent nécessiter une prise en charge médicale.

Le cannabis peut-il provoquer une schizophrénie ?

Un risque réel, mais pas une fatalité

Plusieurs études l’ont montré : consommer du cannabis augmente le risque de développer une schizophrénie dans les années qui suivent. Selon l’Inserm, ce risque serait environ doublé, avec de grandes différences d’une personne à l’autre. Il augmente avec les quantités consommées.

Mais cela reste rare : la plupart des consommateurs ne développeront pas de schizophrénie. Le cannabis peut être une cause, mais il n’est ni nécessaire ni suffisant : une prédisposition ou d’autres facteurs doivent aussi être présents.

Un déclencheur chez les personnes vulnérables

Chez les personnes vulnérables à la schizophrénie, le cannabis précipite la maladie : selon l’Inserm (2014), elle débute en moyenne 2 à 3 ans plus tôt. Le risque augmente déjà de façon nette à partir d’une dizaine de consommations, et il croît avec la quantité.

Qui est le plus exposé ?

Les sources officielles citent plusieurs facteurs qui augmentent le risque :

  • un début précoce, surtout avant 15 ans, quand le cerveau est encore en développement : voir les effets du cannabis sur le cerveau ;
  • une consommation importante et régulière ;
  • un produit riche en THC et pauvre en CBD : le THC a des effets psychotiques marqués, le CBD tend à les limiter. Or, en France, la teneur moyenne en THC de la résine est passée de 12,3 % en 2011 à 29 % en 2023 (OFDT) ;
  • une prédisposition : antécédents familiaux de troubles psychotiques, symptômes discrets déjà présents ;
  • une fragilité psychique : le cannabis accroît surtout le risque chez les personnes vulnérables ;
  • certains gènes : les personnes les plus sensibles aux effets psychotiques du cannabis portent des variants génétiques particuliers ;
  • d’autres facteurs de l’environnement : violences dans l’enfance, isolement social.

Si vous avez déjà un trouble psychiatrique

Chez une personne qui a une schizophrénie ou un trouble bipolaire, le cannabis est souvent utilisé pour calmer les angoisses. Il aggrave pourtant les troubles. Il est donc fortement déconseillé aux personnes fragiles sur le plan psychique.

Un psychiatre interrogé par Santé publique France ajoute que le cannabis multiplie les hospitalisations et accroît le risque de décès par suicide. D’où l’importance de soigner ensemble le trouble psychiatrique et la consommation. Il est indispensable d’accompagner vers l’arrêt les patients qui consomment du cannabis.

Les signes qui doivent alerter

Dans trois quarts des cas, la schizophrénie ne commence pas brutalement : elle débute par des signes atténués et peu spécifiques (Inserm). Il faut demander une évaluation médicale devant :

  • un changement de comportement ou d’intérêts, un retrait, l’arrêt des activités habituelles ;
  • des idées étranges, comme le sentiment de télépathie, ou des idées de persécution ;
  • des préoccupations mystiques ou philosophiques très marquées ;
  • des perceptions modifiées ;
  • l’impression de ne plus réussir à réfléchir comme avant.

L’isolement et la baisse des résultats scolaires accompagnent souvent ces premiers signes. Ces signes ne mènent pas forcément à la schizophrénie : seul un tiers des personnes concernées évolue vers un premier épisode psychotique (Inserm). Mais une prise en charge précoce limite l’évolution vers une forme chronique et améliore les chances de rémission.

Se faire aider

Si vous avez ressenti des effets psychotiques avec le cannabis, ou si vous vous savez fragile, parlez-en à un médecin. Arrêter ou réduire la consommation fait partie de la prise en charge : voir arrêter le cannabis.

Vous pouvez aussi vous adresser à un CSAPA, gratuit et confidentiel, ou à une consultation jeunes consommateurs (CJC) entre 12 et 25 ans. Drogues Info Service répond au 0 800 23 13 13, de façon anonyme et gratuite. Si vous êtes parent, voir mon ado fume du cannabis : que faire ?

Pour une vue d’ensemble, voir la page cannabis. Pour découvrir l’accompagnement proposé par Eos Care, voir le programme Eos Care.

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Questions fréquentes

Le cannabis peut-il rendre schizophrène ?

Le cannabis ne provoque pas à lui seul une schizophrénie, et la plupart des consommateurs n'en développeront pas. Mais il augmente le risque : selon l'Inserm, il le doublerait environ, avec de grandes différences selon la dose, la teneur en THC, la durée et l'âge de début. Chez les personnes déjà vulnérables, il peut précipiter la maladie. Le risque est plus élevé si la consommation commence avant 15 ans.

Qu'est-ce qu'une « psychose cannabique » ?

Pendant l'effet du cannabis, des symptômes psychotiques passagers sont fréquents : impression d'être surveillé, méfiance envers l'entourage, perceptions déformées. Ils disparaissent en général en 12 à 24 heures. Quand ils durent plusieurs jours ou semaines, on parle de trouble psychotique induit, beaucoup plus rare. Au-delà, il devient difficile de le distinguer d'une schizophrénie qui débute.

Est-ce grave de devenir « parano » quand on fume ?

Selon l'expertise de l'Inserm (2014), environ 15 % des consommateurs sans trouble psychotique ressentent des symptômes de ce type pendant l'effet du cannabis. Ils disparaissent en général en quelques heures. Il faut prendre ces réactions au sérieux : elles reflètent une sensibilité individuelle au cannabis. Si elles se répètent ou persistent après l'effet, parlez-en à un médecin.

Quels signes doivent faire consulter ?

Il faut demander une évaluation médicale devant un changement de comportement et d'intérêts, un retrait, l'arrêt des activités habituelles, des idées étranges ou de persécution, des perceptions modifiées, ou l'impression de ne plus penser comme avant. L'isolement et la baisse des résultats scolaires les accompagnent souvent. Une prise en charge précoce améliore les chances de rétablissement.

Peut-on consommer du cannabis quand on a un trouble psychiatrique ?

C'est fortement déconseillé. Chez une personne qui a une schizophrénie ou un trouble bipolaire, le cannabis, souvent pris pour calmer les angoisses, aggrave les troubles, selon des psychiatres addictologues relayés par Santé publique France : délires plus intenses, davantage d'hospitalisations. Il est indispensable d'accompagner vers l'arrêt les patients qui en consomment. Parlez-en à votre psychiatre ou à votre médecin.

Article rédigé par l'équipe éditoriale Eos Care

Cet article a une visée informative et ne remplace pas un avis médical personnalisé.

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